Eternel face à face entre ce camp et le mien. Même nation, différents chemins, mes frères sont devenus mes ennemis. Tout ça pour une question de politique, d’emmerdes que Dieu sait qui était venu nous imposer.
Je le regarde, la pluie filtre la lumière de fin de journée.
Après tout qui est ce type en face qui m’observe avec ses jumelles ? Un trouffion comme moi, un petit, un bas, un du « peuple ».
Mais il me regarde, me fixe, son pays brille dans ses yeux, ses croyances explosent le long de son fusil éclatant. Il parle la même langue que moi, mais ne dis pas la même chose. On a les mêmes oreilles, mais lui entend qu’il faut vénérer une étoile rouge et moi un billet vert. Elles se mélangent, les couleurs, et dessinent un sang boueux, versé au nom d’une liberté souillée, d’une nation divisée.
Derrière mes lunettes de soleil, je devine le dernier car de touristes qui tourne pour aller dépenser son argent ailleurs.
Les projecteurs blafards affrontent les derniers feux du soir et étincèlent leur victoire pour plonger la ligne jaune dans une clarté blanchâtre.
Cette ligne jaune, mêle mes larmes à la pluie qui ruisselle sur mon visage. Impuissant, trop petit, inférieur, soumis, je trépigne de désespoir devant ce trottoir jaune de 15cm de haut qui déchire ma nation de haine et d’intolérance.